TEMPO Chapitre 1 : Comment c’est (les choses qui remontent)
Gahé Daubercies, Gloria da Silva, Eldaire Terrisse, Amélie Rollin
6 décembre — 10 janvier 2026

dimensions variables
grès, émail, seau, pédiluve, coquillage, pompes, tuyaux
2025, «Comment c’est (les choses qui remontent)», crédit photos : Bruno Silva

en collaboration avec Laureline Pauliard, «Comment c’est (les choses qui remontent)», 2025, crédits photos: Bruno Silva

en collaboration avec Laureline Pauliard, «Comment c’est (les choses qui remontent)», 2025, crédits photos: Bruno Silva

Acrylique et pastel sur papier, 2025,«Comment c’est (les choses qui remontent)», crédits photos : Bruno Silva

31×26 cm,Aquarelle sur papier (2025), Watch me squirt like the river, 28x30cm, Pastel sur papier (2024), Eldaire Terrisse, ,«Comment c’est (les choses qui remontent)», crédits photos : Bruno Silva





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grès, émail, seau, pédiluve, coquillage, pompes, tuyaux
2025, «Comment c’est (les choses qui remontent)», crédit photos : Bruno Silva

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grès, émail, seau, pédiluve, coquillage, pompes, tuyaux
2025, «Comment c’est (les choses qui remontent)», crédit photos : Bruno Silva


Depuis 2023, In extenso a le plaisir d’accueillir TEMPO, le programme annuel de l’association Les Ateliers, qui met en lumière le travail ayant bénéficié d’un atelier temporaire au sein de leurs locaux à La Diode durant l’année.
Deux chapitres réunis sous un homonyme. On commence avec un état des lieux : Comment c’est (les choses qui remontent). À l’image d’une recherche de fuite au sein d’un seul immeuble, habité par plusieurs personnes dont les chemins se croisent sans forcément s’entremêler, mais sur les murs duquel l’eau coule, nous dressons un premier constat.
C’est à partir de cette image de fuite, reliant les habitant·es, que nous avons imaginé ce qui unit les artistes dit·es passager·es de l’association Les Ateliers – celleux bénéficiant d’un atelier temporaire pour l’année en cours. Leurs pratiques, parfois éloignées, se développent pourtant au sein d’un même lieu. L’équipe d’In extenso conduit alors une enquête, une recherche de fuite, pour comprendre ce qui les relie. Ce choix n’est pas anodin : il s’appuie sur un fait divers, celui d’une inondation aux Ateliers cette année, rassemblant ainsi les artistes autour non seulement d’un espace de travail, mais aussi d’un problème à la fois banal et fédérateur de voisinage.
Nous avons constaté combien les flux – liquides corporels, eau – traversent et connectent les pratiques des artistes dans ce premier chapitre. Nous y retrouvons des œuvres de Gahé Daubercies, Amélie Rollin, L.Gloria da Silva et Eldaire Terrisse liées par ces écoulements : des fleurs pleurent, un canapé renifle, des larmes courent sur les joues d’un personnage encore submergé par l’émotion, des poires perlent d’une branche comme des gouttes, une maison expire de la brume…
Des objets ni véritablement miniatures, ni réellement à l’échelle humaine peuplent l’univers domestique évoqué par la pratique de L.Gloria : un monde du quotidien, subtilement décalé du nôtre. Les choses miment les gestes humains – pleurer, respirer –, traduisant les émotions que nous leur imposons. Cette imitation n’est pas surprenante : elle fait partie du vocabulaire des objets, qui va au delà de leur statut domestiqué et qui se tend vers une complicité. Tels des signes de ponctuation embrassant le bord d’une lettre, les objets prolongent les humains qui les accueillent.
Plus loin, d’autres êtres pleurent également, cette fois pour résister à leur situation actuelle. Sur ce fond de ruissellements, Amélie explore notre lien avec le monde animal et végétal dans un environnement fictionnel. Au sein de cet univers, à la fois enfantin et onirique, pousse le jardin chagrin : une installation dans laquelle des fleurs-fossiles sanglotent pour survivre dans un monde infertile. La tension se dessine dans la matière : des céramiques fleurissent dans des contenants en plastiques – des objets manufacturés, liés aux souvenirs candides – qui recueillent leurs larmes. Ces fontaines sont entourées d’escargots, seules autres créatures qui semblent habiter ce monde. Les carapaces et les piques se révèlent être les attributs nécessaires pour l’affronter : un équilibre entre protection et défense, entre vulnérabilité et agressivité.
Sur d’autres palliers, Eldaire imagine des façons de faire communauté au sein de paysages subtilement familiers, mythologiques, queer, affranchis des dynamiques d’oppressions. À l’air libre, des figures qui embrassent leur monstruosité hybride se tiennent au bord : d’une limite, des larmes, d’un orgasme. Un monde intérieur se révèle sur les draps qui servent de toile aux peintures, rappelant la peau qu’ils enveloppaient autrefois. Comme dans un rêve, nature et corps s’y confondent jusqu’à devenir indissociables, liquides, mêlant, avec douceur, fantasme et stratégie de survie.
Les fluides corporels ainsi présents dans l’exposition s’écoulent, à l’image d’une fuite. Mais une inondation n’est-elle pas, finalement, une fuite qui remonte vers le haut ? Un sentiment écrasant qui bouillonne, puis remonte à la surface, grimpant comme la moisissure, et retourne le monde sens dessus dessous.
C’est là où nous retrouvons Gahé, qui cherche l’équilibre la tête à l’envers. Dans Le Poirier, iel fait… le poirier, avec un humour dérisoire qui pointe du doigt les discours d’ancrage – c’est-à-dire du développement personnel –, ainsi que tous les rituels mis en place pour tenter de composer avec un monde en train de se défaire. Couper la poire en deux. L’absurdité se poursuit à travers des métaphores : les poires – fruits qui symbolisent la mollesse – s’activent ici, tombant comme des gouttes. Une limace glisse sur son ventre, s’échappant doucement, le bruit de sa traînée visqueuse se mêlant aux gouttes des larmes des fleurs. Questionnant les dynamiques de transmissions de récits, Gahé explore ainsi la perte de sens.
Cette logique nous ramène à nos titres. Inspiré du livre de Samuel Beckett Comment c’est, dans lequel le narrateur expose à travers ses pensées fragmentées, oscillant entre souvenirs épars et présent incertain, son cheminement dans une matière dense. Comme de l’eau qui s’échappe d’un mur, il tente de se frayer un chemin, et se glisse dans la moindre crevasse.
Une évacuation d’un trop plein d’humidité se déverse par la fenêtre pour laisser de l’air frais entrer.
Puis ça (re)commence. Le deuxième chapitre réunit des œuvres de Sarah Bazire, Cristina Chapier, Lorenzo Partenza, Lorette Pouillon, qui évoquent un début, marqué par un état des lieux précédant le départ. Commencer (par un courant d’air)*.
*Commencer (par un courant d’air), avec Sarah Bazire, Cristina Chapier, Lorenzo Partenza, Lorette Pouillon, 17 janvier – 7 février 2026
– Manue Bureau, Katia Porro, Amélie Terrade
LES ARTISTES
Gahé Daubercies vit et travaille à Clermont-Ferrand. Iel est diplômé de l’ESAM Caen/Cherbourg et de l’ESACM en 2024. La pratique de Gahé se nourrit des histoires qu’on se raconte, des différentes formes de mémoires et de traces, des relations que l’on noue avec les autres vivantxs. Iel cherche une façon d’habiter l’espace et plus largement un monde qui se détruit. Gahé s’interroge sur les manières d’apprendre et de faire à plusieurs, tout en se reliant à ce qui nous précède. Parallèlement à sa pratique plastique, iel se forme à diverses pratiques corporelles.
L.Gloria da Silva est diplômée de l’ESAD Valence et de l’ESACM. Elle vit et travaille à Clermont-Ferrand. Un matin elle découvre avec panique que toutes les choses de sa maison semblent avoir coopéré pour lui dire les maux de son corps et de son esprit. Dans le doute du design et de l’art, L.Gloria appréhende les objets qui habitent avec elle comme un langage à soi et explore leurs manières de trahir.
Eldaire Terrisse est un artiste transmasc, diplômé de l’Ecole Supérieur d’Art de Clermont Métropole en juin 2024. Son travail parle de fantasmes, souvenirset stratégies de survie queer dans un monde de plus en plus fasciste. Il construitun imaginaire où tout se transforme,transitionne et s’adapte constamment aux changements choisis ou non. Il vous invite à rêver un monde queer communautaire, à vous perdre dans des hallucinations de créatures magiques qui transformerons vos corps, à voyager dans des paysages connus mais déformés, à penser d’autres moyend’être ensemble. Sa pratique se concentre principalement autour de l’image, de la mise en espace et de la micro édition. Il travaille les couleurs,les textures et les lumières pour raconter des histoires.
Amélie Rollin (née à Bourg-en-Bresse) vit et travaille à Clermont-Ferrand. Elle est diplômée de l’ESACM en 2024. Elle crée des installations qui explorent nos liens au vivant animal et végétal, et puise certaines de ses formes dans des imaginaires enfantins.