Oscillo-battant

Debbie Alagen

14 juin 2025

Prises de vue de la performance de Debbie Alagen, Oscillo-battant, 2025.

La pratique artistique de Debbie Alagen se construit à la croisée du texte, du geste et de l’espace vécu, comme une tentative permanente de révéler la dimension poétique de l’ordinaire et d’ouvrir des brèches dans les représentations normatives de l’identité, du genre et de la mémoire. Dans la performance Oscillo-Battant, où le corps lit en mimant les gestes de la boxe – sport de confrontation, de défense, de survie –, Debbie construit une mise en scène de l’intime où la parole est rendue physique, rythmée, presque percutée. Ce dialogue entre langue et mouvement traduit une tension constante entre appartenance et déséquilibre, entre repli intérieur et exposition publique, entre blessure et résilience.

Debbie Alagen entrelace ses textes autobiographiques et ésotériques, à une grammaire physique, à une gestuelle rythmée, heurtée, qui fait surgir une poétique du corps en lutte. Le corps lit, mime, encaisse. Il devient récit. Il traduit cette tension permanente entre vulnérabilité et puissance, entre intériorité poétique et extériorisation physique. Dans Oscillo-Battant, les pas chassés, les coups portés dans le vide ou les hésitations chorégraphiées deviennent autant de ponctuations vivantes – virgules, soupirs, cris – dans un texte performé où l’intime et le collectif s’affrontent sans se dissocier.

La mobilisation de gestes empruntés aux sports de combat, ainsi qu’une chorégraphie aux frontières de la danse, évoquent l’histoire des pratiques physiques en tant qu’espaces d’expression, de survie et d’intégration pour des communautés marginalisées. Ces gestes, loin d’être neutres, portent une mémoire sociale et politique : celle de corps relégués qui, par l’effort, le rythme et la répétition, reconquièrent une place dans l’espace public.

Dans cet espace performatif habité par la voix, la mémoire et le rythme, le récit devient rituel, et la scène, un lieu de réappropriation identitaire. Les thèmes de l’appartenance, du déracinement et de l’héritage familial traversent la pratique non comme discours figé, mais comme secousses incarnées. Le corps s’y donne comme archive et comme arme, combative et offensive, tout en étant vulnérable.

Debbie Alagen écrit depuis les marges – sociales, affectives – pour les transformer en centre. À travers une “hauntologie du futur” et un répertoire de la culture pop, il fait apparaître les absences, les silences, les figures persistantes qui hantent le présent. Dans ce travail, chaque mouvement est une manière de poser des questions : où commence le corps ? Où finit la mémoire ? Comment dire ce qui ne se dit pas ? Et comment lutter contre le silence ?

Loin des récits calibrés ou des formats normés, la performance de Debbie prend le risque du trouble, du langage disloqué, du mouvement à vif. Il écrit souvent sur le téléphone, capte le flux du réel à même le quotidien, assemble et désassemble les morceaux de soi, les traces, les objets, les mots. Ainsi, la performance devient un territoire à habiter autrement – un espace pour affirmer, déplacer, réinventer.