Being(s) there

Tom Castinel, Tristan Chinal-Dargent, e.n.o.s, LinGe Meng, R. Moreno, Sirag Sesetyan

5 mai — 30 mai 2026

vernissage mardi 05 mai ; 18h30-21h

Avec

Tom Castinel, Tristan Chinal-Dargent, e.n.o.s, LinGe Meng, Rafael Moreno, Sirag Sesetyan

Une proposition de 

Anna-Livia Albertini, Eli Mompertuis, Rokha Ould Brahim Fall, Salomé Suils, Sofiia Yevlaninkova, étudiantxes en 4ème année à l’École supérieure d’art Clermont Métropole

05 mai – 30 mai 2026
Vernissage mardi 05 mai 2026; 18h30-21h 

En partenariat avec l’ESACM, In extenso accueille du 05 au 30 mai 2026 une exposition curatée par un groupe d’étudiantxes en 4ème année. Dans cette exposition intitulée « Beingthere », iels invitent Tom Castinel, Tristan Chinal-Dargent, e.n.o.s., LinGe Meng, Rafael Moreno, Sirag Seseytan.

Le projet s’inscrit dans le partenariat « Réalité d’une exposition » au sein duquel l’équipe d’In extenso accompagne sur l’année scolaire un groupe d’étudiantxes en 4ème année dans la mise en place d’une exposition. Prenant le rôle de curateur·ices, les étudiantxes conçoivent une exposition d’A-Z : du commissariat à la médiation, en passant par l’administration, la communication et aussi la régie d’œuvres, iels se familiarisent avec une diversité de métiers de l’exposition.

 « Je dis habiter, je devrais dire cohabiter, car il n’y a aucune manière d’habiter qui ne soit d’abord et avant tout « cohabiter ».

La construction des liens, l’attention et le respect portés aux êtres, ne forment-ils pas une manière de cohabiter et habiter nos espaces de vie ?

« Beings there », littéralement « êtres là », introduit autant le fait d’être présent·es ainsi que les vivant·es qui habitent ou ne font que traverser un espace.

Au cours de nos discussions et de nos rencontres avec des artistes2, des questionnements autour du monde domestique ont émergé, ainsi que ceux liés aux relations entre les êtres partageant un même lieu de vie. Ces échanges ont également ouvert une réflexion plus large sur les liens qui se tissent au-delà de l’humain, entre espèces, au sein d’un même environnement. Nous avons ainsi choisi de regrouper ces différentes notions sous le terme d’« espaces de vie ». Ce choix nous permet de ne pas nous limiter à un lieu précis ou strictement défini, mais de mettre l’accent sur les relations, les interactions et les cohabitations qui s’y développent. Il s’agit d’envisager l’espace non seulement comme un cadre, mais aussi comme un tissu de liens, humains et non-humains, qu’iels évoluent dans un intérieur ou dans des environnements plus ouverts. 

La chienne en terre d’e.n.o.s., dans NECEDELE, dort tranquillement sur un paysage. Au-dessus d’elle, une scène issue d’une vidéo de l’artiste jouant avec son animal, peinte, vient compléter l’ensemble. On y entrevoit plusieurs temporalités, états: le sommeil, le rêve, le souvenir, voire la mort. En effet, le travail d’e.n.o.s. évoque également les liens que nous entretenons avec nos morts, des liens qui dépassent les lieux physiques et s’inscrivent dans un registre émotionnel, invisible et profondément intime. 

Cette réflexion sur les liens invisibles, qui persistent au-delà des corps et des lieux, entre en résonance avec le travail de Tristan Chinal-Dargent. Là où e.n.o.s. explore la persistance affective du lien à travers la mémoire et la présence des êtres disparus, Tristan s’intéresse davantage à ce qui surgit en creux: le vide, la disparition et la trace laissée par l’absence.

Dans LE TERRIER (enterrement à Ornans) de Tristan, nous reconnaissons des chaussures qui appartiennent en réalité aux personnages présents dans le tableau de Gustave Courbet évoqué dans le titre. PRISONER’S CINEMA (Proust’s bed), nous donne à voir un lit de quatre angles différents. Dans ces deux dessins, c’est à travers les vides entre les détails que l’on peut imaginer les scènes auxquelles ils renvoient. L’OISEAU, peinture qui surplombe l’exposition, est entièrement saturée de rose: le seul espace « blanc » de la toile est l’angle découpé. L’oiseau, animal omniprésent autour de nous, ne retient que rarement notre attention, à moins de le choisir. Ici, à In extenso, il faut lever les yeux pour l’apercevoir. Il colore alors l’espace qu’il occupe et en devient une présence diffuse mais insistante. 

Le chien errant dans l’œuvre Somekind of somewhere de Sirag Sesetyan est allongé sur le carrelage, à l’écoute des rues d’Istanbul dans une bande sonore enregistrée par l’artiste. Au sous-sol d’In extenso, deux villes s’entrechoquent, tandis que les sons d’Istanbul se mêlent à ceux des rues de Clermont-Ferrand, qui s’infiltrent dans l’espace par le soupirail. L’environnement du chien se transforme. Son « chez soi » n’est pas un lieu fixe, il nous est rapporté. Il renverse l’idée du monde domestique. 

Des conditions matérielles, ancrées dans le réel, peuvent nourrir l’imaginaire. 

LinGe Meng peint son adelphe fictif à partir de ses souvenirs d’enfant unique en Chine, mêlés à  son vécu en tant que père aujourd’hui. Il crée ainsi des paysages contemplatifs et oniriques nés d’un autre espace de vie, celui de la mémoire. Peuplées d’êtres souvent anonymes, ses toiles permettent aux spectateur·ices une projection mentale, un voyage rêvé.  

Contrairement aux dessins de Tristan Chinal-Dargent, où le décor apparaît entre les détails, le blanc suggère ici l’absence et l’anonymat. 

Comment nos identités se transforment-elles au contact de structures qui nous dépassent, qui s’adaptent, se reconfigurent ?

Dans PussPuters (2026) de R. Moreno, une peluche de chat dort sur des tours d’ordinateurs obsolètes, recouvertes par des journaux d’actualités économiques et politiques. Pour elle, un espace de vie est un ensemble de systèmes algorithmiques, un mélange d’informations qui s’accumulent, qu’on ne peut pas contrôler. Mais, comme le chat, on peut essayer de s’abriter, de s’acclimater au sein de ces mondes qui pourtant nous dépassent.

Si cette pièce de R.Moreno matérialise la confusion entre intérieur et extérieur, public et intime, on peut trouver des tentatives pour se réapproprier des lieux qui nous imposent l’adaptation dans le travail de Tom Castinel. 

Des coussins, des draps, des livres sont autant d’archétypes d’objets du quotidien que Tom prélève et détourne dans sa pratique, interrogeant ainsi le monde habité et le statut des objets. Travaillant à partir des tissus récupérés, teintés pour en faire des camaïeux de gris, embellis parfois avec des motifs, parfois avec des mots, il transforme des espaces en lieux accueillants, doux. « Les maisons se taisent […] Laissez nous entre vivants ». Ces mots habitent cette exposition avec la volonté de créer un cocon calme, un endroit par et pour les “vivant·x·e·s”.

Notes :

1. Vinciane Despret, Habiter en oiseau, Actes Sud, p.41
2. Depuis novembre 2025, nous avons visité plusieurs ateliers entre Lyon et Clermont-Ferrand : Les Ateliers, Les Bains d’huile, Le Grand Large, le CAP Saint Fons.


LES ARTISTES

    – Tom Castinel est né en 1984, l’année de lancement du premier ordinateur Apple et du décès du philosophe Michel Foucault. Depuis, il vit et travaille.

    Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon avec mention Énergie en 2011, il développe une pratique touche-à-tout, triviale et prolifique. Véritable « gestuelle chorale », celle-ci se caractérise par son dynamisme et sa théâtralité. Entre poupée russe et homme-orchestre, il cherche à retrouver par ses œuvres une présence immédiate au monde. Ses performances, sculptures, installations, vidéos et écrits sont avant tout des formes d’adhérence à la vie. Tous ces actes sont marqués du sceau de l’agitation. Pour multiplier les casquettes, il collabore avec de nombreux.ses artistes, notamment avec Antonin Horquin (Pâle Mâle), Marie L’Hours (Forme Soluble), Bruno Silva et Octave Rimbert-Rivière.

    Tristan Chinal-Dargent, né en 1999, vit et travaille à Clermont-Ferrand.

    « Faire des dessins, ce serait peut-être comme ne pas prendre la décision de faire un film ou d’écrire un livre. Ce serait comme un mensonge : celui de dire qu’on ne veut pas dire. Un mensonge qui se prépare et s’attend. » Tristan explore principalement le dessin, la peinture, l’écriture et la vidéo, développant une œuvre fortement enracinée dans les paysages et les récits des territoires où il a grandi, dans les Alpes françaises. Sa pratique alterne entre recherche de terrain et pratique en atelier, avec pour ambition de questionner notre rapport à la nature, à la violence, à la révolte, à l’angoisse et à l’altérité – qu’elle soit humaine ou non humaine. Son travail a été présenté lors d’expositions personnelles et de résidences dans des lieux tels que La BF15 (Lyon), Moly Sabata (Sablons), Les Limbes (Saint-Étienne), l’Abbaye Royale de Fontevraud, le Centre d’Art Bouvet-Ladubay (Saumur), le Centre d’Art Bastille (Grenoble), La Serre (Saint-Etienne), Les Ateliers Vortex (Dijon) et prochainement au MAMC+ (Saint-Etienne). Parallèlement à sa pratique, Tristan est à l’initiative de Malus Rivus, une base de recherche en altitude située à Orelle (Alpes françaises). Depuis quatre ans, ce projet accueille chaque année six artistes pour un temps de rencontre, de création et de siestes dans les montagnes.

    – Née en 1942, l’artiste a choisi ce nom, E.N.O.S., en 1961 pour ne pas oublier le chimpanzé envoyé dans l’espace par la Nasa. Plus tard, elle y ajoute 4 points, relatifs aux points cardinaux : est, nord, ouest, sud. 

    – Né en 1989 à Zaozhuang (Chine), LinGe Meng vit et travaille en France. Sa pratique  se déploie à travers la peinture, l’installation et la vidéo.Il est diplômé de l’École Émile  Cohl de Lyon en tant que Dessinateur Praticien. Il obtient ensuite son DNA à l’École Média Art de Chalon-sur-Saône (EMA), puis son DNSEP (Master Art) à l’École Supérieure d’Art et Design de Grenoble-Valence (ESAD). Depuis octobre 2022, il est  membre de l’association Le Grand Large. Il est actuellement représenté par la Vanities  Gallery (Paris). Le travail artistique de LinGe Meng s’inspire de ses expériences de vie  personnelles pour entrer en résonance avec le monde extérieur. Ses peintures explorent  des thèmes à la fois intimes et universels tels que l’enfance, la solitude et le rêve. À  travers une démarche introspective interrogeant le temps, la mémoire, les relations  humaines et les détails du quotidien souvent ignorés, il cherche à révéler l’identité  profonde de l’individu dans différents contextes culturels.

    R.Moreno est née en Colombie en 1993. Elle vit et travaille actuellement à Paris. Elle à fait ses études aux Beaux Arts de Paris puis à L’EHESS. Son travail à été récemment présenté Au Palais de Tokyo (Paris), June Art Fair (Suisse), Treize (Paris), Établissement d’en Face (Bruxelles) aux Bains Douches (Alençon) et à la galerie Gaudel de Stampa (Paris). 

    À travers l’installation, la performance et le texte, R.Moreno propose des narrations fictionnelles autour de la relation entre le corps humain, les développements technologiques et les contextes socio-économiques actuels. Elle travaille souvent à partir d’objets trouvés choisis pour leur symbolique. Le collage et la manipulation de ces symboles lui permettent d’ouvrir et de développer les espaces de réflexion qui ont pour ambition d’aboutir à la déconstruction des rapports de domination culturelle.

    Sirag Sesetyan est né à Istanbul et a déménagé à Lyon en 2019 pour poursuivre ses études supérieures à l’ENSBA Lyon, où il a obtenu son DNA et son DNSEP. Sa pratique se déploie à travers la vidéo et la sculpture, en passant toujours par le dessin. Il interroge les liens entre architecture, archive et archéologie, ainsi que les systèmes de pouvoir qu’elles produisent et dans lesquels elles sont ancrées.

    Il élabore progressivement des lieux habités par des traces et des spectres plutôt que des monuments, où la distance entre deux points n’est jamais fixe mais en déplacement constant. Il s’agit de plans architecturaux dans lesquels les axes fuient à travers le point zéro. Son attention se porte sur les jonctions, sur les points de contact qui maintiennent les structures en tension et qui les conditionnent. Considérant chaque médium comme un langage codé avec sa propre syntaxe, sa pratique devient un processus de traduction entre ces systèmes, une manière de travailler les interstices et de spéculer autour.

    Il s’interroge notamment : comment la pensée cinématographique peut-elle s’articuler en termes sculpturaux ? Comment la traduction entre différents médias peut-elle générer un espace fictif, et dans quel système linguistique cet espace prend-il forme ?

    ÉQUIPE CURATORIALE

    Eli, hybride mi humain.e mi ordinateur, baignéx de culture internet, écrit sur sa queerness numérique. Iel fabrique des poèmes en html, code des performances de musique live se perdant entre doux synthétiseurs et cris distordus, expérimente l’écriture de zines ou de fanfictions dans une démarche DIY un peu cringe… et tente alors d’aborder la construction de l’identité sur internet, l’étrangeté que c’est d’avoir un corps ou les tensions entre les humain.es et les machines qui les entourent.

    Anna-Livia développe une pratique autour du dessin et du travail du papier. Elle ré-investit des images et des objets qui lui appartiennent, ou qu’elle trouve, au service d’un nouveau récit. Elle s’intéresse aux gestes de recouvrement, aux pliages du papier et à l’habillage, notamment à travers les figures qu’elle représente.

    Salomé travaille sur l’extraction « possible » du déterminisme social grâce aux cultures populaires d’Internet qui l’ont nourrit. Elle utilise ces codes pour créer des fenêtres d’air pour se sortir de l’isolement, et s’intéresse notamment à la lutte des classes comme échappatoire de ce même déterminisme. Tout ça prend forme de peinture, installations, dessins, collages. Tout doit être tangible et sortir de l’écran.

    Rokha travaille à partir d’Internet et des jeux qui s’y trouvent. Sa pratique navigue entre le développement web, la modélisation d’atmosphères inquiétantes (eerie), le pixel art et la musiques de jeux. Au cœur de ses créations numériques se déploie une réflexion sur le persona en ligne et son évolution à travers diverses expériences numériques.

    Sofiia cherche des liens entre les choses, les êtres, les espaces et le temps. Elle explore leur coexistence, souvent en les mélangeant pour souligner leurs connexions. Ces mélanges créent leurs propres connexions et histoires : elles peuvent être douces ou tranchantes, tout comme le quotidien qui nous traverse et dans lequel Sofiia prête une grande attention. Ce quotidien passe par l’imaginaire, se transforme en cousant des petits décalages poétiques.