Décembre

Yann Lacroix, Francis Raynaud

1 décembre — 31 décembre 2011


Décembre est une île

Réunis par In extenso pour sa dernière exposition de l’année, Francis Raynaud et Yann Lacroix, fraîchement diplômés de l’école d’art de Clermont Métropole en 2010, ont conçu une exposition où les formes-matières du premier répondent aux paysages fantasmés du second. Un mystère de faux-semblants…

Décembre (bass cover) retient en elle l’énigme de son titre. L’exposition s’étale sur le dernier mois de l’année comme peut-être cette ligne de basse, que l’on découvre entre parenthèses dans l’intitulé, ondule dans les fondations de sa composition.  Décembre serpente, chemine, émerge des nappes de brouillard et débouche sur une île ou un jardin.

Avant, l’image du carton d’invitation, une grande roue abandonnée dans un paysage de neige désolé, nous a montré qu’il n’y a rien à aller chercher là-bas (où que ce soit). Il n’y a plus personne et le froid a saisi toute chose. Et la clarté de l’air, l’apparente et glaciale stérilité du lieu, ne nous ont pas non plus révélé que nous nous trouvons là dans un des pires lieux qui existent sur terre : Tchernobyl. Pire encore, car jouant sur les contrastes : le parc d’attraction de Tchernobyl ! Considérant cette image comme une introduction à l’exposition, et connaissant le travail des deux artistes, que faut-il voir là ? Déjà, la piste de la tragédie est à proscrire. Tournons nous plutôt vers l’idée de l’évocation. Juste le pouvoir évocateur d’une image qui ne dit pas ce qu’elle est. De là, on peut glisser vers le fantasme, la super-puissance évocatrice de la fantaisie et du phantasme.

Car si différents que soient les chemins empruntés par les deux artistes dans leurs travaux respectifs, ils semblent partager le même goût pour les choses mystérieuses. Pour Yann Lacroix, la toile est un espace de projection d’où peuvent surgir les grands espaces qu’il peint et qui le fascinent. Plutôt que des représentations de lieux précis, ces paysages sont des images mentales composées à partir de bribes de souvenirs et d’émotions mêlés. A cette expérience psychique, vient s’ajouter le rapport physique du peintre à la dimensions de ses toiles et à la peinture elle-même. Ainsi dans une gestuelle qui laisse une grande place au repentir, les couleurs profondes ou acidulées, les dégoulinures, les transparences, contribuent au sentiment d’étrangeté qui habite les tableaux.

A leurs pieds et disposées sur deux étagères, les sculptures de Francis Raynaud résultent de multiples et mystérieuses expériences de mélanges de matières (huile, margarine, sucre, plâtre, résines sont ainsi combinées, modelées, nappées…). Alors ces formes hybrides, suintantes, visqueuses ou rugueuses, sensibles au chaud et au froid, nous plongent dans le mystère de leur conception et composent le jardin qu’au terme de la basse mélopée suivie, nous trouvons là.

Décembre (bass-cover) est en définitive une étape. Un moment de répit avant de reprendre le vrai cours des choses. Et au sortir de la fantasmagorie, revoici décembre, le dernier mois de l’année, et son lot de réjouissances douceâtres.

Marc Geneix